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Côte d'Azur - French Riviera
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HOMMAGE

Ces femmes célèbres dont les noms sont à jamais liés à la trépidante Histoire de la Côte d’Azur...

Ayant rapidement reconnu les charmes de la Côte d’Azur, entre 1880 et 1914 le milieu mondain français, anglais, russe et allemand fréquentait ses rivages en période hivernale. Cette clientèle n’ayant pas survécu aux conséquences de la guerre de 1914-1918, la région dû s’adapter Pour suppléer à la diminution de cette riche clientèle des hivernants, chambres de commerces, édiles et syndicats d’initiative unirent leurs efforts afin de lancer ce que l’on aurait pu considérer comme absurde avant 1914 : l’exploitation d’un tourisme estival ...

L'établissement des congés payés, l'apparition de nouveaux et rapides moyens de transport, la multiplication des engins motorisés, l'engouement pour les sports, le goût pour les déplacements contribuèrent à la réussite de ces démarches.

Du Duc de Westminster à Mistinguett, Jacques-Henri Lartigue, Jean Cocteau, Pablo Picasso, Francis Scott Fitzgerald... sous l’influence de riches Américains, d'acteurs de cinéma et d’artistes célèbres, une nouvelle génération découvre les charmes de l’été et des baignades.

Symbole éclatant de la course vers la mer et le soleil, le "Train Bleu" (Le "Calais-Méditerranée Express" ) et ses quatre-vingts luxueux compartiments de première classe mène sur les rivages azuréens une clientèle jeune, active et brillante qui envahit les plages. Chanel lance la mode des pyjamas de plage, on organise des concours de bronzage ...

En 1931 les hôteliers ouvrent pour la première fois leurs établissements durant la belle saison. Mais force est de constater que depuis plus d’un siècle la trépidante Histoire de la Côte d’Azur et de la Principauté de Monaco est surtout liée à ces femmes célèbres, sans lesquelles cette région bénie des Dieux ne serait pas ce qu’elle est aujourd"hui. Elle ont été les témoins et surtout les ordonnatrices de toutes les heures brillantes mais aussi des frasques, quelles soient reine, princesse, duchesse, écrivain, actrice courtisane, "croqueuse de diamants" ou femme du monde, De la "Belle Epoque" à aujourd’hui, elles ont déferlé aux rythmes des saisons sur la Côte d'Azur. C’est le sujet de notre enquête....

Marie BLANC

"Lady Monte-Carlo"

On connait l’origine des jeux à Monte-Carlo, qui commence lorsque le prince Charles III fait venir François Blanc, un Français réputé pour avoir fait la fortune de la principauté allemande de Hesse-Hombourg. C’est lui qui fonda la Société des Bains de Mer le premier avril 1863. A la suite de quoi, il fera des miracles. Grâce à l’ouverture de la ligne ferroviaire Nice-Menton en novembre 1869, qu’il appelait de ses vœux les plus chaleureux. Grâce aussi à la construction du premier casino des Spélugues ainsi que de l’Hôtel de Paris. Car François Blanc voit grand : "il va nous falloir dépenser largement, ne rien épargner, car on viendra à Monaco tant qu’il y aura les plaisirs et les choses les plus belles du monde" … Et ça marche, les joueurs ne tardent pas à accourir. Depuis lors, ce sera un défilé incessant d’illustres personnalités dans ce qui devient "Monte-Carlo", têtes couronnées comme le Roi Edouard VII ou l’Empereur François-Joseph, grands artistes comme Alexandre Dumas, Caruso ou Chaliapine, barons, ducs et princes comme le Prince de Galles ou les Grands-Ducs russes … A la mort de François Blanc en 1877, les recettes du Casino s’élèvent à dix millions.

Ce qu’on sait moins, c’est qu’il avait une épouse, Marie, qui eut une importance déterminante dans le devenir de la Principauté. Car François Blanc, fils de petits notables du Vaucluse, était intelligent mais "petit, trapu, myope, complexé par son physique". S’il avait épousé cette jolie femme brune aux yeux vifs, c’est sans doute parce que, fille de cordonnier et de quinze ans sa cadette, il avait pu jouer avec elle au Pygmalion, l’envoyant à Paris à seize ans apprendre les bonnes manières, avant de l’épouser à vingt ans. Née modeste, elle se révélera comme une véritable femme d’affaires, surtout après la mort de son mari.

De son vivant déjà, elle s’occupe de décoration. Lorsque François Blanc fait construire l’Hôtel de Paris, en 1862, la toiture couverte de tuiles noires déplaît à Marie, qui la fait remplacer par du zinc. C’est elle qui choisit l’ameublement et l’argenterie, se fournissant chez le plus grand orfèvre de Paris. Elle est également pour beaucoup dans le nouveau visage de Monte-Carlo qui se dessine, avec ses jardins, fontaines, allées d’orangers et kiosque à musique.

En 1872, quand son époux lance un club de tir au pigeon, alors à la mode, c’est Marie qui visite les clubs européens et organise la cérémonie d’ouverture, dépensant sans compter et recevant avec solennité ses invités, le roi Oscar de Suède, le grand-duc de Russie, les princes de Metternich ou Esterhazy.

Dans l’éclat de sa maturité, toujours plus belle, élégante, mondaine, elle va de salons en réceptions. Mais sa féminité masque un sens des affaires rare pour l’époque.

Sa fortune personnelle étant devenue considérable, elle investit ses propres deniers dans des œuvres sociales, par exemple des travaux dans la chapelle Sainte Dévote.

Mais elle va aller encore plus loin. Car pour elle, le jeu n’est qu’un moyen … Son rêve est de faire de Monte-Carlo "le plus haut lieu artistique du monde". C’est ainsi qu’elle prend la décision de détruire le vieux casino pour en faire rebâtir un autre, avec un opéra comme à Paris, par Charles Garnier. Rien de moins !

Dans ce but, elle est prête à risquer son capital. Et elle se lance dans ce pari fou, sans établir de devis ni de plan de financement : "pour quoi faire ? dira-t’elle, c’est mon argent !"

Au célèbre architecte parisien, elle lance un grandiose : "Monte-Carlo doit avoir le plus beau théâtre du monde, je vous ouvre tous les crédits" !

 

Et elle l’assistera dans le plus petit détail pour la décoration. A la première de l’Opéra en janvier 1879, en présence de "la grande Sarah Bernhardt", une magnifique réception accueille les grandes familles monégasques, qui ont cessé de bouder le casino et enfin adopté cette Madame Blanc qui est de toutes les réceptions mondaines.

A 47 ans, elle est une des femmes les plus riches d’Europe, poursuivant ses dons fastueux à toutes les œuvres religieuses entre Menton et Marseille.

Peu après, atteinte d’un mal mystérieux, elle décède subitement en Haute Savoie où elle se reposait. Le Journal de Monaco lui rend un dernier hommage : "elle a été la bienfaitrice de Monaco, elle protégeait les arts … venait en aide aux misères".

La Reine VICTORIA

Une Royale hivernante .

Dans les années 1880, une royale touriste venait goûter aux joies de la Riviera en hiver. La Reine Victoria visite Menton, Grasse et Cannes mais elle s’ennuie un peu. En 1894, elle découvre le Grand Hôtel de Cimiez, qui lui convient pour son "altitude salubre" de 115 mètres. Elle y fait des "excursions enchanteresses dans l’arrière pays niçois". Mais elle aurait trouvé "un peu petit" ses appartements privés.

D’où l’idée qui vient à Henri Germain, fondateur du Crédit Lyonnais et propriétaire de terrains à Cimiez, de lui construire un Palace à sa mesure. Ce qu’il fait aussitôt, en collaboration avec l’architecte niçois Sébastien Marcel Biasini. En 1896, le "plus luxueux et le plus moderne des palaces" voit le jour, baptisé "Excelsior Hôtel Régina".

La Reine, âgée alors de 78 ans, y arrive dès mars 1897, occupant un étage entier de la tour ouest, soit plus d’une quarantaine de chambres pour les membres de sa famille. Elle est entourée d’une armée de serviteurs, depuis le grand maître des cérémonies jusqu’au valet de pied écossais en kilt, en passant par son médecin, son trésorier et ses "cinq dames du palais" … Sans oublier ses "Indiens", "forts beaux gaillards coiffés de turbans, vêtus d’admirables cachemires de couleurs éclatantes … fidèles et dévoués à la souveraine à la vie et à la mort". Dans ses "bagages", elle amène ses meubles, argenteries et tableaux, en provenance des châteaux de Balmoral et Osborne, dont son célèbre lit d’acajou indispensable à son bon sommeil.

Voici comment se passe une journée de la Reine : levée à neuf heures, coiffée de son célèbre bonnet de tulle blanc, elle prend son breakfast avec œufs et bacon "of course". Puis elle consacre un moment à ses solliciteurs dans le Salon Particulier, avant d’effectuer sa promenade matinale : appuyée au bras d’un de ses Indiens, elle monte dans son cabriolet attelé à un âne gris (prénommé Jacquot) pour un tour par exemple dans les jardins du Monastère.

Elle rend ensuite visite à sa fille Beatrix, qui réside avec ses quatre enfants à la Villa Liserb, où l’on organise parfois un pique-nique dans le parc. Après une courte sieste, elle part en excursion dans son landau royal, saluant la foule de curieux, visitant et re-visitant Rimiez, Gairaut, le Mont Boron ou même Aspremont. A "five o’clock", on lui sert le thé, entourée d’une petite cour d’invités.

Parfois, elle fait de vrais petits voyages à bord de son train spécial, jusqu’à Menton pour une visite au Roi et à la Reine de Saxe, ou à Cap Martin où résident l’empereur François Joseph II d’Autriche et son épouse "Sissi".

Le dîner, où elle n’apparaît qu’à vingt et une heure, est un "copieux buffet à la manière russe … cuisine française sauf un plat indien confectionné par un cuisinier indien".

Souvent, elle se fait donner un mini concert, appréciant la "grande musique" mais aussi les romances populaires italiennes. La Reine se retire assez tôt, pendant que ses fidèles Indiens reposent sur des nattes en travers de sa porte, la main sur leurs armes, farouches protecteurs de son sommeil.

Croyant aux "vertus curatives " du climat niçois, elle viendra ainsi cinq années de suite à Cimiez, arrivant en mars pour repartir fin avril, avec une malle pleine de cadeaux dans laquelle elle puise pour récompenser tel fonctionnaire niçois qui lui a paru zélé.

Le 2 mai 1899, elle quitte l’Excelsior, monte dans son wagon-salon en gare de Nice, soutenue par un serviteur indien. Elle ne reviendra plus sur cette French Riviera qu’elle aura cependant contribué à mettre à la mode.

La Belle OTERO

"Début" à Monte-Carlo.

Dans ses écrits intitulés "les trois grandes" Anne Manson, nous fait pénétrer dès 1891 par exemple dans l’intimité des débuts de "La Belle Otero" à Monte-Carlo.

C’est un soir de 1891. Il est presque minuit. Les spectateurs du Casino de Monte-Carlo viennent de rejoindre, autour des tables de roulette, la cohorte habituelle des joueurs. Tout à coup, le silence semble plus lourd, que trouble seul le râteau des croupiers raclant le tapis vert.

Une jeune femme vient d’entrer. Une curieuse figure, très brune et presque enfantine sous la masse des cheveux noirs, avec des yeux brillants, des lèvres trop rouges et cet éclat de la peau que donne seul le teint un peu verdâtre des Andalouses.

La silhouette mince et nerveuse, juchée sur des talons trop hauts, s’est glissée jusqu’à l’une des tables et a posé, d’un geste péremptoire, dix louis sur l’une des bandes.

Quelques minutes passent et une rumeur insolite semble courir autour de la table. Des réflexions sont échangées, de nombreux regards convergent vers elle. Une insupportable tension s’établit, dont elle semble être le centre. Gênée de cette attention, elle se dispose à quitter la salle lorsqu’un joueur, à bout de nerfs, lui crie : "Vous êtes folle, ma petite, ramassez ça !"

"Ça", c’est une énorme pile de jetons qu’un croupier, médusé, pousse devant elle.

Elle avait posé dix louis sur le rouge. Lorsqu’on a pris son or pour le remplacer par une plaque, elle a pensé que le sort lui avait été défavorable. Mais tandis qu’elle regardait le jeu des autres en dilettante, sa couleur est sortie vingt et une fois consécutives.

Sans bien comprendre, elle tend sa jupe et le directeur des jeux y verse l’équivalent de quelque 100 000 francs d’aujourd’hui.

Du coup, la partie s’est presque arrêtée. Les mains avides restent en l’air, et nul ne peut détacher les yeux de cette adolescente qui a réalisé une fortune avec une si royale indifférence.

Qui est-ce ?

Seul, le "physionomiste", qui surveille discrètement l’entrée des salons, pourrait le dire. Il sait qu’elle se prénomme Caroline, qu’elle est certainement mineure, mais légalement majeure. Elle est, en effet, mariée à un comte italien, baryton d’Opéra, qui a déjà laissé beaucoup d’argent sur le tapis vert. Tellement laissé, que la fortune de Caroline, en entrant au casino, se réduisait ce soir à ces dix louis qu’elle a posés n’importe où sur la table. C’est la première fois qu’elle joue et elle ignore tout des règles. Elle serait étonnée si on lui révélait qu’en un quart de siècle elle aura l’occasion de laisser, sur ces mêmes tables, plusieurs milliards.

"Quel âge avez-vous, madame ? Quatorze ans."

Cette seconde scène se passe un an plus tard, dans le commissariat proche de la Canebière, à Marseille. Et il faut qu’Otero montre ses papiers d’identité pour que les policiers acceptent de la croire. Quatorze ans ! Et elle est déjà l’héroïne d’une bataille rangée qui vient de mettre aux prises les spectateurs du Palais de Cristal. C’est là qu’après quelques brèves passades amoureuses elle a enfin trouvé un engagement. Elle y danse, elle y chante, accompagnée d’un guitariste, en agitant ses castagnettes. Très vite on joue à bureaux fermés et beaucoup d’hommes, à la grande fureur de leur femme, sont devenus des habitués du spectacle.

Colette

Une femme écrivain à Saint-Tropez.

Fille de Bourgogne - elle est née dans l’Yonne en 1873 - elle a un père originaire de Toulon, et même un peu de sang antillais dans les veines. Ce qui explique peut-être l’amour de Colette (de son vrai nom Sidonie Gabrielle Colette) pour la Provence. Si elle commence sa carrière de femme de lettres en décrivant les collines de Bourgogne (dans les "Claudine") et en exhaltant l’air breton (dans "Le blé en herbe"), elle découvre la Méditerranée à l’âge de 34 ans lors d’une tournée dans le Midi d’une pièce dans laquelle elle est actrice. Ce n’est pas encore le coup de foudre, il lui faudra attendre la rencontre avec son troisième mari, Maurice Goudeket, pour tomber amoureuse de la région. Car c’est ce négociant en diamants qui lui fait découvrir Saint Tropez, petit port de pêcheurs alors inconnu. A l’époque, ceux qui bravaient la chaleur de l’été n’étaient qu’une minorité. Conquise, elle décide d’acheter une maison : le 6 novembre 1925, elle arrête son choix sur une petite maison de la Baie des Caroubiers, qu’elle baptise "La Treille Muscate", à cause du raisin muscat qui y pousse en abondance. Une grande passion quasi charnelle naîtra en elle pour sa maison, et surtout pour le jardin, plus d’un hectare de vignes, arbres fruitiers, fleurs et légumes méditerranéens. Bientôt, après avoir dit adieu à la scène, elle devient citoyenne du Midi, vivant à l’année à La Treille Muscate : "rien n’est pareil à ce Golfe, à ces terres heureuses, à leur verdure sans effort … Quel climat … c’est un miracle !"

Levée tôt chaque matin, elle promène son chien avant le petit déjeuner sous les glycines. Elle se met ensuite au jardinage, avec "la plus grande ardeur", s’émerveillant du déroulement des saisons : "le printemps est tendre, odorant, chargé de cognassiers en fleur, de lilas, d’iris, d’arums, de roses, de glycines, de giroflées … L’hiver, il est fleuri de petites roses, de narcisses doubles et même de lavandes". Après une courte sieste, elle se met à son travail d’écrivain (c’est là qu’elle écrira "La naissance du jour") jusqu’à la nuit, où elle dort à la belle étoile, installant son lit sur la terrasse. Amoureuse de la Provence, il lui plaît d’écouter le parler fleuri des Provençaux, dont elle s’amuse à reproduire l’accent. Au menu de ses déjeuners, on ne trouve que des mets provençaux : melons verts, anchoïade, riz aux favouilles, rascasse farcie et beignets d’aubergine, bouillabaisse, aïoli … A sa table, généreusement ouverte, se succéderont le comédien Jean-Pierre Aumont ou le compositeur Georges Auric, Francis Carco ou Joseph Kessel. En 1933, elle invita le scénariste Marc Allégret pour travailler à son film "Le lac aux dames", dont elle écrivit les dialogues. Elle avait aussi noué des liens d’amitié avec le petit groupe des peintres de Saint Tropez, comme le graveur et illustrateur André Dunoyer de Segonzac ou le peintre Luc-Albert Moreau. Et dînait parfois chez des amis avec Jean Cocteau ou Antoine de Saint-Exupéry.

 

Lorsque, suite à une fracture du péroné, elle adopte pour être à l’aise, de confortables sandales, elle lançait sans le savoir la mode des "tropéziennes".

La Begum

... Et "Yvette" devint la Bégum.

Yvette est l’héroïne d’un conte des mille et une nuits : en 1930 une grande (1,82 m) fille superbe aux yeux noirs, qui vit à Cannes chez ses parents, rue d’Antibes, est élue Miss France. Elle travaille dans une maison de couture. L’Agha Khan vit aussi principalement à Cannes et joue à la pétanque non loin d’elle. Ils vont se rencontrer, pas sur la Croisette, mais huit ans plus tard, au Caire, en Egypte. Bien qu’elle ait trente ans de moins que lui, il la demande en mariage. En disant «oui», elle va devenir la Begum Agha Khan, une des princesses les plus riches du monde. Elle se convertit, est baptisée "Om-Habibeh", qui veut dire "petite mère du bien-aimé", et accompagne son mari au pèlerinage traditionnel de La Mecque. Elle habitera la villa "Yakimour" (qui commence avec un Y comme Yvette et finit comme amour) sur les hauteurs du Cannet. Parée de saris somptueux et de bijoux éclatants, qu’on lui volera au cours d’un hold-up, elle sera de toutes les fêtes de la Côte jusqu’au jour où, veuve, elle décidera de mener une vie discrète, en se consacrant à la peinture et à la sculpture.

Florence GOULD

Les Années 20, comme les années folles - avec leur mythologie puérile où les vamps d’Hollywood et les idoles parfumées à la Valentino allaient cristaliser sous un visage de délire les refoulements d’une sexualité sévèrement bridée - ces periodes-là, disions nous le furent aussi sur la Côte d’Azur.

Avec la "Dolce Vita" - dont l’appelation sera reprise bien plus tard par Fellini - elle vit arriver des Maharadjas, les Emirs, des Américains et bon nombre de grands industriels français et étrangers. Ils allaient "succéder" - nous l’avons dit dans notre présentation aux têtes couronnées et aux grands-ducs russes. Mais les Britanniques, ceux qui ont lancé Cannes, sont toujours là, eux. Les journalistes attachés à "leurs basques" découvrent soudain Florence Gould. Extraordinaire existence vécue par cette Américaine, originaire de San Francisco, où elle naquit en 1895, d’une père qui avait vu le jour dans le département du... Gers, et d’une mère champenoise. Elle va régner sur Antibes, Juan-les-Pins et Cannes pendant près de cinquante ans ! Quel destin étrange commença pour elle, le jour où elle quitta sa ville natale, en 1906, après le fameux tremblement de terre. En arrivant à Paris, le hasard mit cette belle jeune fille aux cheveux blonds et aux yeux verts, en présence de Franck Jay Gould, un multi-milliardaire en dollars, héritier du Roi des chemins de fer américains. Ce fut le coup de foudre. Le mariage eut lieu en 1923, dans le 16ème arrondissement. Direction Cannes, pour le voyage de noces. Et c’est là qu’un beau matin d’été, en se promenant du côté de la Garoupe et dans les pinèdes de la plage, le couple découvrit avec émerveillement les beautés de Juan-les-Pins. Guidés par des amis, les Gould se rendirent dans les diverses agences et achetèrent terrains et villas. Suivirent les constructions, notamment le "Provençal", le Casino, une superbe villa au style néo-gothique. Juan-les-Pins deviendra ainsi, bien vite, le lieu de rendez-vous du... monde entier. Ainsi que le racontèrent notamment bon nombre de confrères de l’époque et Gilbert Benno-Graziani dans leur chronique : "Pierre Benoît, Marcel Jouhandeau, Jean Paulhan, Francis Carco, André Gide, Louise de Vilmorin, Paul Morand, Henri de Montherlant, Jean Cocteau, Jean Giraudoux, Francis Scott Fitzgerald et sa femme Zelda, qui habitent Antibes, seront ses premiers invités, dès 1924. Leurs frasques défraient la chronique locale. Zelda plonge en robe du soir dans la mer au Cap d’Antibes, lance des plats sur les invités des galas au Casino, et le couple est ivre de l’aube au petit-matin...

La Princesse GRACE

un souvenir pour toujours.

Blonde, aux reflets de vrai platine, grande, mince, d’une beauté rayonnante, à "faire perdre la tête" comme l’a écrit André Castelot, lorsque Grace Kelly, Américaine de Philadelphie, abandonna les lumières des studios de cinéma pour devenir l’épouse de S.A.S. Le Prince Rainier III, c’est toute une Principauté jusque là endormie, qui en tomba amoureuse. Non pas seulement pour son talent de comédienne dans les nombreux films qu’elle avait tournés jusque là et notamment "Fenêtre sur cour", "Le crime était presque parfait", "La main au collet", ou "Swan" dans lequel elle interprétait le rôle d’une... princesse, mais pour ses dons innés d’épouse modèle. Jamais plus sans doute, dans l’histoire d’une monarchie, ne se révèlera autant de dignité, d’efficacité, d’attention, d’amour pour un peuple que ce qu’apporta la Princesse Grace à "son" pays bien aimé. Dans ce monde trépidant de la Côte d’Azur, qui a duré près d’un siècle et où l’on a vu tourbillonner et disparaître des générations de danseuses chassées par les guerres et les révolutions : tsarines, grandes duchesses russes et austro-hongroises, souveraines, cocottes adulées et milliardaires, femmes d’émirs et d’armateurs, l’arrivée sur le célèbre Rocher des Grimaldi, ce fut comme si d’un coup de baguette magique venait de s’ouvrir les portes du paradis sur terre, où tout n’était qu’amour, passion et beauté... Un peu comme un conte de fées...

 

Elle y fut d’emblée adoptée, aimée, admirée. Il n’y avait pas de mots assez fort pour dire combien la Princesse Grace "jouait" à merveille son rôle. On a tout dit, tout écrit, tout raconté et presque tout montré de ce mariage idéal et de la vie de la Principauté depuis ce 19 avril 1956, où elle quitta, au port de Monaco, le transatlantique "Constitution" pour devenir Princesse pour toujours.

 

C’est un hommage que nous avons voulu lui rendre ici, ne serait-ce que pour rappeler comme nous le confia avec la même émotion que ce matin-là : "C’est l’amour qui a débarqué dans la Principauté. Pour nous elle sera à tout jamais une sainte..."

Sa disparition le 14 septembre 1982, fut d’ailleurs le chagrin du monde, un traumatisme - comme l’a si bien dit Jean Des Cars - comparable à l’assassinat du Président Kennedy. Un accident de voiture sur une route que la princesse redoutait, enleva à des millions d’hommes, de femmes et d’enfants une grande part de rêve, la plus rare puisqu’il était devenu une réalité.

"Des pays écrira notamment l’historien que tout opposait à la Principauté comme le Kampuchea démocratique (ex-Cambodge) prirent le deuil plusieurs jours. Le charme, la beauté, l’humour, la classe, furent frappés. Le monde venait de perdre un sourire et une attention authentiques.

A ses obsèques, au milieu d’un chagrin intense et d’un silence effrayant, on ne put que constater combien le deuil et la peine semblaient incongrus, irréels, dans ce cadre stupidement qualifié de décor d’opérette..."

 

Certes, depuis la Principauté a continué à vivre. Dans la joie comme dans le drame. Mais plus jamais ce ne sera comme avant...

D’ailleurs, même la Côte n’est plus comme avant... Qui peut se vanter de s’être hissé à la hauteur de ces grandes dames: Victoria, Florence, Colette, Grace et les autres ?

Signe des temps...

 

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