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DECOUVERTE

La tombe de William Webb Ellis, le créateur du jeu de ... rugby

Le jour où j’ai découvert à Menton la tombe de William Webb Ellis, le "Créateur" du jeu de... rugby.

Pendant près d’un siècle nul ne sut qu’il avait été enterré à cet endroit... Aujourd’hui, on y vient de partout, par cars spéciaux pour s’y recueillir...

... Quand Dieu chassa Adam et Eve du Paradis celle-ci décida d’emporter un souvenir de l’Eden. Non pas la pomme de cuisante mémoire, mais un... citron ! Craignant un nouvel accès de l’ire divine, Adam ordonna sur le champ à la belle chapardeuse "Jette-moi ça !". Têtue, elle refusa. Elle ne se débarrasserait de son fruit que dans un lieu qui lui rappellerait "son" paradis... Le couple exilé, parcourut ainsi en vain, plaines, vallées, montagnes, rivages. Eve ne trouvait nulle part un lieu qui l’encouragerait à se démunir de son agrume. Et puis, un jour, le "coup de foudre" en découvrant un golfe, entouré de verdoyantes collines, tombant en à-pic vers la mer. Elle goûta l’air, le soleil, le scintillement des vagues et, sans perdre une seconde, creusa de ses mains un petit trou dans la terre encore humide de la nuit pour y nicher le citron sous le regard attendri de son compagnon, séduit lui aussi, à son tour... Voilà pourquoi dit la légende un citronnier sur fond d’azur figure dans le blason de la ville de Menton, située là-bas, à la limite de la France et de l’Italie, à la pointe extrême même de la Côte d’Azur Il faut croire que ce devait être le nouvel Eden puisque plus tard, bien plus tard, en haut de cette colline, à l’endroit précis où Eve délimita son petit arpent du Bon Dieu des hommes décidèrent d’y «construire» leur sépulture afin d’y «vivre» en paix, pour l’éternité, du moins ceux qui avaient mérité ce fameux paradis sur terre... Or, un beau soir d’été de 1958, votre serviteur poussé par il ne sait encore aujourd’hui quelle intuition fut dévié du chemin initial de son reportage en cours, pour se retrouver en train d’ouvrir le discret portail de fer de ce lieu sacré. II y découvrit, effectivement, le... silence du ciel. Même la mer, pourtant agitée parfois, semblait retenir son souffle de crainte de déranger les étoiles, ou de rompre le sommeil du Prince Pierre Troubetzkoy, du célèbre historien du peuple britannique John Richard Green et autres poètes et princesses russes oubliés, à l’instar de cette pierre sur laquelle on pouvait lire une épitaphe émouvante et naïve à la fois, certainement inspirée de Shakespeare : "J’ai su trop que la vie n’était qu’une ombre qui marche, un pauvre acteur qui se trémousse une heure en scène, se pavane, puis qu’on cesse d’entendre" (Arnold O’Neill, 1865) Et puis ne voilà-t-il pas que notre attention fut attirée soudain par un très léger bruissement d’ailes. Des tourterelles étaient venues, tout au fond, sous les cyprès, se poser sur une tombe abandonnée, recouverte de mousse. Seule se devinait la fin d’un nom "...William Webb Ellis". Journaliste jamais rassasié de rugby, pensionnaire impénitent de ces arrières-boutiques où fermentent dans de vieux bouquins jaunis par le temps d’extraordinaires histoires de ce jeu et qui à une époque, dans son cartable d’écolier cachait déjà sous le titre "Les croisades" le manuel des secrets de la... passe croisée entre Celhay et Dauger, les Bayonnais, votre serviteur donc, eut un frémissement d’émotion... ... et se jura de revenir le lendemain. Pour l’accompagner, le destin lui "adjoignit" deux internationaux avec qui il avait pris déjà rendez-vous à Nice pour un reportage : André Béhoteguy, qui s’était retiré sur la Promenade des Anglais, la vedette du rugby des années 30 et Michel Sorondo, le Montalbanais, présent sur la Côte d’Azur pour raisons professionnelles.

Le temps de frotter la pierre tombale et apparut effectivement, dans la splendeur de la lumière du soleil, le nom du créateur. De celui qui "... au mépris des règles du football de l’époque, en 1823, au collège de Rugby, en Angleterre, fut le premier à courir avec le ballon dans les bras..." André Béhoteguy versa une larme, Michel Sorondo se signa, et se tournant vers votre serviteur encore sous le choc de cette découverte, lui dit sur un ton dissimulant mal son émotion "Roger, tu ne peux pas t’imaginer ce que j’ai pu souffrir dans ma chair, sous un maillot de rugby, mais grâce à cet homme, finalement, j’ai connu les plus belles joies que l’on puisse offrir, même à un roi, je crois : l’accolade de mon vis-à-vis, anglais, après un match à Twickenham... et qui, en français, accompagna son geste de ces mots : «bravo, Michel...". Nous avons quitté lentement le vieux cimetière de Menton, et avons repris la route vers Nice, silencieux, l’esprit habité par on ne sait quoi, quelque chose d’indéfinissable, une forme de méditation, impossible à expliquer. La nouvelle de la découverte s’est vite répandue et pour cause, le journaliste est fait pour ça. Des hommes sont accourus pour y déposer des gerbes, des plaques, des fleurs. Pendant des années, à la mi-novembre quelqu’un est venu fidèlement pour y planter une rose rouge, à l’abri des vents, et puis plus rien... ... Michel Sorondo nous avait quitté. Il avait trop aimé ce jeu. Son cœur n’en pouvait plus... L’autre jour, votre serviteur s’y est rendu en pèlerinage, pour une série télévisée. Le gardien du cimetière, naïf des choses du rugby, lui a confié : "Je nettoie la tombe deux fois par semaine envahie qu’elle est par les tourterelles qui en ont fait leur... Maison. Il faut qu’elle soit propre, vous comprenez, car des centaines de personnes viennent la voir. Ils arrivent même maintenant par cars spéciaux, de partout, d’Angleterre du Pays de Galles, d’Italie, de Hollande, et même d’Australie et du Japon. C’est bien simple elle est la tombe la plus visitée. Ça devait être quelqu’un ce Webb Ellis..."Quelqu’un ? sans doute. Mais pour nous c’est tout simplement l’endroit ou repose à tout jamais "l’âme" d’un jeu qui selon les modes du temps et des mœurs fut détourné souvent de son chemin initial, pour en arriver maintenant à être dans les mains de marchands, attirés uniquement par l’appât du gain, et qui pour cela, n’ont pas hésité à profaner le Temple.

Péripétie ou fin d’une si belle histoire ? Heureusement que l’épitaphe du vieux Cimetière de Menton, là-haut, sous les cyprès, au "Château", comme ils disent, sera toujours là pour nous rappeler.

 

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