CULTURE, Allegro ma non tropo

Belle, riche, célèbre et en plus, cultivée. Trop beau pour être vrai ? Pourtant, depuis une quinzaine d'années, la Principauté a ressuscité son Opéra, son Théâtre, ses Ballets et créé plusieurs manifestations artistiques. Après une éclipse de quelques décennies, Monaco brille à nouveau de mille feux.

"La Principauté, un pays dont les frontières ne sont que des fleurs, où les hommes vivent sans haine et où naissent, pour être aussitôt encouragées, les oeuvres de tous les arts", disait joliment Colette en 1950. La culture à Monaco est une vieille habitude qui remonte au 17ème siècle. Le Prince Antoine 1er, lui même musicien, fit jouer le premier opéra de Jean Baptiste Lulli. Plus près de nous, le Prince Pierre (père du Prince Rainier) fut un grand ami des artistes de son temps. La construction du Casino par Charles Garnier en 1876 marque le début d'un véritable Age d'Or de la culture.

Après l'Age d'Or, La Renaissance

Musique, opéra, danse ... ce fut déjà la recette de l'Age d'Or. Dès 1863 Monaco possédait son "Orchestre du Cercle des Etrangers". Vint ensuite, avec l'inauguration du Casino et de sa mythique Salle Garnier, le temps des opéras : Lohengrin, en mars 1892, fut la première représentation en français de l'oeuvre de Richard Wagner ... Avant Paris ! En 1895, le Figaro pouvait écrire : "on va maintenant à Monte Carlo comme on va à Bayreuth, avec cette différence que Monte Carlo revêt un caractère éclectique et international". Pendant que se succèdent les créations, oeuvres majeures de Wagner, Massenet, Gounod ou Ravel. Ainsi que les plus grandes voix de l'époque, Caruso ou Chaliapine. L'Orchestre quant à lui, fut dirigé par les plus grands, de Toscanini à Richard Strauss, de Léonard Bernstein à Lorin Maazel.

L'histoire de la petite salle Garnier est liée également à celle des Ballets Russes. Serge de Diaghilev dirigea (de 1911 à 1929) une troupe de danseurs (comme Nijinsky) et de chorégraphes (comme Balanchine) qui renouvelleront l'art de la danse. Avec des décors et costumes de Braque, Picasso, Matisse, Cocteau ou Coco Chanel, sur des musique de Stravinski, Satie, Ravel ou Debussy qui jouaient parfois eux-mêmes leurs partitions...

Le Théâtre des Beaux Arts, construit dans les années 30 par la SBM, était très moderne pour son époque : un intérieur "art déco" conçu par Muratore et un équipement technique de pointe. Il reçu les grands acteurs et auteurs d'alors, de Sacha Guitry à Marcel Pagnol, de Pierre Dux à Louis Verneuil, de François Perrier à Gaby Morlaix... Le rideau tombe en 1956, pour un long sommeil d'un quart de siècle.

Si l'Orchestre a retrouvé vie dès 1958, c'est par la volonté du Prince Rainier, avec le soutien de l'Etat et de RMC. Le Théâtre n'a rouvert ses portes qu'en 1981 grâce à la passion pour l'art scénique de la Princesse Grace. L'Opéra prend un nouveau départ voici dix ans avec l'arrivée de John Mordler. Les Ballets connurent un longue parenthèse de trente ans. Avant de renaître en 1985, suivant en cela également la volonté de la Princesse Grace. La Principauté possède de nouveau une troupe permanente de danseurs, dirigée par le chorégraphe Jean Christophe Maillot.

[Jean-Christophe Maillot]

Hasard ou politique culturelle ?

Une renaissance qui ne doit rien au hasard : "Notre politique culturelle se développe selon deux axes donnés par le Prince Rainier, explique Rainier Rocchi, nommé directeur des Affaires Culturelles en 1992. D'une part, se donner les moyens d'avoir une compagnie de ballets, un orchestre ... de niveau international afin de favoriser le rayonnement culturel de la Principauté. D'autre part, permettre aux monégasques la pratique vivante de la culture en aidant les associations"

A l'actif des Affaires Culturelles, la création de la Fondation Prince Pierre, la Semaine de la Musique Baroque, le Printemps des Arts, les spectacles du Fort Antoine. Ainsi que la subvention des associations d'amateurs de théâtre, de musique ou de peinture. La Salle des Variétés, rouverte il y a peu à la Condamine, est mise gracieusement à leur disposition.

Le Printemps des Arts par exemple a été conçu comme "un concentré de Festival de Musique où, selon Rainier Rocchi, durant trois semaines, on fait ce qu'on ne fait pas d'habitude en Principauté". Musique de chambre, récitals, opéras baroques et aussi un festival du film musical pour le jeune public. Avec parfois du théâtre ... d'auteur, pour compléter le "boulevard" donné toute l'année au Théâtre Princesse Grace. Très vite, le Printemps des Arts était admis au sein de l'Association Européenne des Festivals de Musique, à laquelle appartiennent des Festivals aussi prestigieux que ceux de Salzburg ou Bayreuth.

[Le Chef d'orchestre James DePreist]

Les grands moyens

Cette politique de prestige a bien sûr un coût. Pas moins de 5% du budget de l'Etat (soit de l'ordre de 150 millions) ... contre à peine 1% en France. Qui met la main au portefeuille ? L'Etat, la SBM et le service des Affaires Culturelles. La SBM car, possédant la Salle Garnier, elle joue les mécènes pour tous les arts qui s'y expriment subventionnant même à 100% l'Opéra (18 millions de budget). L'Etat quant à lui aide financièrement le TPG ainsi que l'Orchestre (31 millions de budget) et les Ballets (30 millions). La fondation Prince Pierre reçoit une subvention de 2 millions de la direction des Affaires Culturelles. Créée à la demande du Prince Rainier pour honorer la mémoire de son père, elle joue les mécènes en encourageant la création artistique contemporaine, confirmée ou non, par la remise de prix littéraire, de composition musicale et d'art contemporain (d'un montant allant jusqu'à cent mille francs).

Vers l'art contemporain à petits pas

Si la ligne directrice (le prestige) est donnée par le Prince Rainier, chaque directeur a une bonne part d'autonomie dans les choix artistiques. Ainsi John Mordler, directeur de l'Opéra, a pour maitres-mots : variété (des styles, des ouvrages, des langues) et mélange (du classique et du contemporain). S'il aime redonner des ouvrages classiques créés à Monaco dans le passé comme la romantique "Cendrillon" de Massenet ou le célèbre "Rigoletto" de Verdi, il programme, dans la même saison une oeuvre réaliste de Menotti, compositeur vivant - bien que reconnu internationalement comme très "mélodique" et âgé tout de même de 83 ans - qui mettra lui-même en scène "The Consul". Mieux, il n'hésite pas à commander un opéra à un jeune compositeur, comme "Dorien Gray" de l'américain Lowell Liebermann, une création mondiale qui aura lieu à Monaco en mai 1996 : "l'opéra n'est pas un musée, c'est un art vivant, qui évolue. Il faut avancer avec son temps !"

René Croesi, directeur de l'Orchestre, pratique quant à lui surtout une politique de "grandes oeuvres et grandes vedettes, car c'est ce qui déplace le public entre Cannes et Menton. Innover est très difficile, il faut y aller à petites doses". Pour lui, "un Orchestre est en habit, car il doit garder quelque chose de sacré". Il nous réserve néanmoins pour 1996 deux créations mondiales. Même s'il privilégie les grandes tournées en Europe ou aux USA et les soirées exceptionnelles, René Croesi revendique des goûts éclectiques : "le côté puriste est parfois agaçant, il ne faut pas empailler la musique !"

"Lorsque la danse se fige, elle meurt"

De son côté Jean Christophe Maillot, directeur des Ballets, a fait des choix artistiques équilibrés : "un tiers de répertoire des ballets russes reconstitué fidèlement, un tiers d'oeuvres majeures du 20ème siècle (de Balanchine à Paul Taylor) et un tiers de créations contemporaines (dont les miennes en tant que chorégraphe)".

Aimant "autant Balanchine que Pina Bausch" , il pense que "la création ne nécessite pas la table rase". Cependant, il se montre ravi d'être soutenu par la Princesse Caroline dans sa démarche vers les créations contemporaines, car il veut "montrer que la danse n'est pas une institution poussiéreuse."

Depuis son arrivée, il multiplie spectacles et tournées. De Cannes à Londres ou Hong Kong, les Ballets commencent à être reconnus dans le monde de la danse. Souhaitant "bousculer les habitudes", il voudrait aussi pouvoir inviter de grandes compagnies étrangères. D'ailleurs, la Princesse ne lui a-t'elle pas écrit en dédicace: "lorsque la danse se fige, elle meurt"

L'effet magique de Marisa del Ré

A Monaco la sculpture qui s'expose aux regards dans les jardins publics est résolument moderne, voire contemporaine. Comment ? Grâce à l'effet magique de Marisa del Ré.

Cette Italienne galériste à New York reçoit d'emblée un accueil favorable du côté de la SBM et des affaires culturelles. En 1987, la première Biennale de Sculpture voit le jour, inscrite depuis lors dans le calendrier artistique de la Principauté, intégrée officiellement au Printemps des Arts. La Biennale a exposé des tendances aussi variées que le modernisme tardif ( Miro ou Calder), le pop art ( Marisol ou Georges Segal), nouveau réalisme, Lyrisme Abstrait tardif, minimalisme, Earth Art ... et même le jeune génération de la nouvelle figuration (Sandro Chia ou Enzo Cucchi). Cette année sera cependant plus "sage" avec Appel, Botero, Bourdelle, Calder, Folon, Lalanne, Léger, Lichtenstein, Sosno ou Rodin...

[Marisa del Ré]

De plus l'Etat, après chaque Biennale, achète quelques oeuvres pour agrémenter ses squares et jardins. Même s'il ne prend pas de grands risques avec "lé Poing" de César ou des accumulations d'Arman, artistes certes contemporains mais déjà en quelque sorte devenus des "classiques".

A quand un musée d'arts plastiques ?

Une politique culturelle de prestige, c'est aussi un moyen d'attirer le tourisme. Du côté du Gouvernement, une réflexion se fait actuellement sur ce thème. Comment mieux répondre aux désirs des jeunes est également une de ses préoccupations.

Certes, Monaco aimera toujours les grands classiques. Ce qui ne l'empêche pas de faire quelques pas prudents en direction du contemporain. Pierre Nouvion, le plus jeune galériste de la place suggère à la Principauté d'accueillir de grandes expositions internationales d'art contemporain. Dans le futur Centre Culturel et des Expositions par exemple. C'est vrai, il manque à Monaco un musée d'arts plastiques. .. Pourquoi ne pas le consacrer à l'art de notre temps?


La culture en chiffres


 

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