la culture au quotidien

La culture est-elle vivante en Principauté ? Si le trio gagnant reste "opéra, musique et danse", le théâtre a de nombreux amateurs "pratiquants". Les arts plastiques sont sans doute le parent pauvre. En attendant un musée ?

Le public monégasque est international, connaisseur et exigeant. La grande musique compte 150 abonnés, même si "le nombre de mélomanes a baissé ces derniers temps, préférant parfois aller aux sports d'hiver", aux dires de René Croesi. Pourtant les prix ne sont pas dissuasifs (150 francs maximum la place). Et la durée des concerts diminue : "une heure et demi suffisent, après le public en a assez". Seules les grandes oeuvres du répertoire du 19ème siècle plaisent vraiment : "la musique n'a pas réussi à évoluer, on piétine aujourd'hui". Le public monégasque, plutôt âgé, est sans doute conservateur ("mais pas plus qu'ailleurs") ou bien serait-ce que la grande musique est indémodable ? La musique regroupe également ses amoureux au sein de l'association Crescendo qui organise concerts à thèmes ou voyages musicaux.

L'opéra attire à chaque représentation 524 privilégiés ... C'est le nombre de places de la salle Garnier, qui est pleine à chaque fois. John Mordler sait qu'il a la confiance d'un public fidèle, composé d'au moins une centaine d'abonnés : "J'aime penser que l'opéra de Monaco est au même niveau que les plus grands, comme Londres ou Vienne" . Avec des prix néanmoins peu élevés : à 600 francs maximum la place, c'est bien moins cher que Covent Garden à Londres, où les prix dépassent les mille francs. A Monaco, l'Opéra serait-il "populaire" ?

Par contre, appartenir aux Amis de l'Opéra l'est un peu moins. Fondée par la Princesse Ania Chervachidze, l'association regroupe une cinquantaine de membres triés sur le volet dont un prince, deux comtesses, une marquise... Qu'ils soient Anglais, Allemands, Italiens, Français ou Monégasques, les amateurs d'opéra forment une élite internationale. Très chic !

Le public de la danse s'est rajeuni ces derniers temps aux dires de Jean Christophe Maillot. On lui offre désormais 35 spectacles par an dont environ un tiers de créations. La Compagnie montre un souci de se rapprocher du public en lui ouvrant la porte des répétitions ou en dansant sur la Place d'Armes pour inaugurer le nouveau marché. Les Ballets sont soutenus par des "Amis" qui encouragent son évolution vers le contemporain.

Du théâtre, oui, mais vivant

Le Théâtre Princesse Grace s'est fait une spécialité des pièces de boulevard parisiennes à succès. Une saison offre une vingtaine de spectacles entre octobre et mai. Pour composer son programme, Patrick Hourdequin tient compte de l'avis du public : "ces dernières années, les goût se sont élargis, en plus des comédies, aux pièces classiques plus sérieuses, comme le Cid de Corneille ... mais avec Francis Huster."

Résultat, le public trouve ce qu'il attend, d'autant plus que le TPG est quasiment le seul de toute la Côte à privilégier le Boulevard. Avec plus de mille abonnés, il attire les foules.

A Monaco, le théâtre est un art vivant. On y recense pas moins de trois associations : la compagnie Florestan, le Drama Group (qui joue en anglais) et le Studio de Monaco. Vieux de bientôt 60 ans, fondé par un ancien acteur Guy Brousse récemment disparu, le Studio est à la fois une institution subventionnée par l'Etat et une "grande famille unie par la passion commune du théâtre" selon les termes de Bob Masson, metteur en scène. Parmi les 150 membres, certains ont plus de quarante ans de "maison". Parfois aussi, trois générations se côtoient, de la petite fille à la grand mère. Des amateurs qui présentent deux à trois spectacles par an et font même des tournées jusqu'en Belgique ou en Grèce. Quant à "Bob", le père de famille, maître du répertoire, il avoue des goûts éclectiques : "je peux choisir aussi bien une pièce de Marcel Aymé que de Molière, de Frédéric Dard que d'Aristophane"

Arts plastiques, parents pauvres ?

Côté galeries, selon un professionnel, "la mentalité étant ici plutôt conservatrice, on privilégie le figuratif. Monaco n'est pas l'endroit idéal pour vendre de l'abstrait et de l'avant-garde". Très peu de galeries osent défendre les artistes modernes. La galerie Le Point est de celles là, alternant les expositions des grands maîtres de l'art moderne de Dali à Victor Brauner, de Miro à Adami. Henri Bronne aussi aime le moderne. Ce Monégasque, fondateur de l'entreprise Silvatrim, a pris en 1990 une retraite active en ouvrant sa galerie. Il y présente en fait sa collection personnelle, des postimpressionnistes au contemporain (Arman). Avec le désir d'animer la vie culturelle en organisant de grandes expositions, telle à l'automne dernier les sculptures de Renoir et Guino au Musée Océanographique.

L'art vraiment contemporain est arrivé à Monaco en même temps que Pierre Nouvion voici 4 ans. Après un accueil plutôt froid, "les gens se sont ouverts peu à peu, un intérêt est né. C'est comme un langage nouveau, il faut l'apprendre !"

Pierre Nouvion a exposé de jeunes artistes contemporains déjà confirmés comme Richard di Rosa ou Alain Jacquet et de jeunes talents comme Mathias et Nathalie.

Pas facile mais il s'obstine car il essaie d'avoir une vision à long terme avec le but de faire de sa galerie une "institution".

Pour le reste, le marché monégasque a une connotation très classique. La galerie Trianon par exemple est spécialisée dans la peinture ancienne et Monaco Fine Arts dans les tableaux du 19ème siècle.

Pour la Connaissance des Arts, une association présidée par l'historienne d'art Elisabeth Bréaud organise des cycles de conférences de haut niveau données par des spécialistes de "l'art en Europe au 18ème", "Florence au Quattrocento", les arts aztèques russes ou ... décoratifs. Avec visites d'ateliers d'artistes, voyages ... pour les 150 membres.

Tous en choeur, les amoureux des arts plastiques attendent avec impatience un musée. Indispensable, comme l'exprime Elisabeth Bréaud "pour éveiller l'amour de l'art chez les enfants" .


Une saison artistique qui dure désormais toute l'année

Dès janvier, démarre la saison de l'Opéra qui dure jusqu'en mars. Le Printemps des Arts prend le relais durant près d'un mois pour réunir ceux qui partagent le même goût des arts de la scène. Une année sur deux, la Sculpture moderne et contemporaine s'exhibe en liberté dans les parcs et jardins. En été, concerts et récitals de musique classique résonnent dans la Cour d'Honneur du Palais princier. Chaque lundi, l'amphithéâtre du Fort Antoine accueille théâtre et musique de chambre en plein air pendant que la Compagnie des Ballets de Monte Carlo danse la nuit sur les Terrasses du Casino. Tous les deux ans, une trentaine de grands antiquaires déballent leurs trésors dans le Sporting d'Hiver pendant deux semaines. Tous les quatre ans, les acteurs amateurs du monde entier se retrouvent pour jouer dans les salles monégasques.

Quand l'automne arrive, Monaco ne s'endort pas pour autant. Octobre consacre une semaine à la Musique Baroque et voit également démarrer la saison au Théâtre Princesse Grace, qui ne s'achèvera qu'en mai. Tous les dimanches à dix huit heures, le CCAM reçoit l'orchestre philharmonique. Le 19 novembre, la danse et l'opéra célèbrent la Fête Nationale par des représentations spéciales.


 

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