S.E.M Paul Dijoud

Je me sens déjà un peu Monégasque.

Lorsque, afin de l'inscrire aux prestigieux clubs sportifs de la Principauté, on s'enquit de savoir quel était le sport préféré de Paul Dijoud, la réponse fusa plus vite qu'un drive, un smash ou un empannage: "le travail". En acceptant voici quelques mois les fonctions de Ministre d'Etat de la Principauté Paul Dijoud souhaitait avant tout relever un défi. Celui d'aider Monaco à négocier au mieux son entrée dans le XXIème siècle. Avec la même passion qu'il mit à servir les gouvernements des Présidents Pompidou et Giscard d'Estaing, Paul Dijoud se range aujourd'hui aux côtés des Princes de Monaco.

Monaco Actualité: Première question Monsieur le Ministre, comment avez-vous trouvé la Principauté?

S.E.M. Paul Dijoud: Tout d'abord profondément transformée depuis ma dernière visite qui remontait à plus de vingt ans. A l'époque j'était membre du gouvernement Français et j'avais profité d'une réunion à Nice pour effectuer un court séjour en Principauté. Je n'y étais pas revenu depuis. L'idée que je m'en étais faite était surtout liée au Rocher, au Palais, aux ruelles de la vieille ville. Je n'avais pas une idée précise de Monte-Carlo ni des quartiers alentours. Ce que je découvre est très attrayant, tant par ce décor naturel exceptionnel que par les aménagement réalisés ou encore la qualité de vie. L'ensemble est à la fois attirant et original. Je suis séduit. Maintenant il me reste à connaître Monaco plus en détail, à en découvrir les autres aspects et les problèmes.

M.A: A ce propos, depuis votre arrivée, vous multipliez les rencontres avec les responsables et les acteurs de la vie monégasque. Une attitude, nouvelle pour la plupart d'entre eux, que vous avez déjà appliqué avec succès auparavant?

S.E.M. P.D: On ne peut exercer une responsabilité telle que celle-ci si l'on a pas un contact personnel sinon avec l'ensemble d'une population, en tout cas avec ses représentants. C'est ce que j'ai commencé ici en rencontrant les élus et les responsables des différents secteurs économiques et sociaux. J'essaie de comprendre comment les uns et les autres ressentent la Principauté ainsi que leurs inquiétudes et leur vision de l'avenir. C'est la seule façon de procéder pour faire, avec eux, quelque chose de fort dans les années qui viennent et répondre ensemble à d'importants défis. Ce qui m'a frappé dans l'histoire de ce pays, c'est l'extraordinaire capacité d'adaptation de ses Princes et de sa population. C'est grâce à ce talent que , face aux menaces, Monaco a construit sa survie et son succès, qu'il a pu affirmer son indépendance et consolider son développement.

M.A: Au vu de vos consultations vous pensez que les Monégasques appréhendent leur futur?

S.E.M. P.D: Je sens que les Monégasques sont conscients de vivre dans un univers en mutation et sont soucieux d'être associés à une réflexion approfondie pour s'y adapter. C'est vrai en premier lieu dans le secteur touristique.

Le marché se transforme profondément. La clientèle de haut niveau, celle qui était la référence jusqu'alors en Principauté, est de plus en plus sollicitée et ses goûts ont évolué. Tirer notre épingle du jeu nécessite une politique touristique assez différente et plus agressive . Elle non seulement associer sans réserve tous les acteurs du développement touristique mais impliquer également l'Etat de manière plus importante.

M.A: D'autres secteurs sont-ils aussi sensibilisés?

S.E.M. P.D: Le monde est de plus en plus largement ouvert, les frontières disparaissent et tout y circule plus librement. Cela peut avoir des conséquences pour la Principauté en tant que place financière. Sa position en ce domaine risque d'être différente voire affaiblie si certains efforts ne sont pas faits pour s'adapter notamment en développant ce que l'on appelle "l'intermédiation". L'immobilier est aussi un sujet de réflexion nécessaire. Alors que l'on a déjà beaucoup construit et que les prochaines étapes de l'urbanisation promettent d'être plus coûteuses à réaliser, le marché international est moins "porteur", il apparaît partout dans le monde comme durablement transformé et ne redeviendra probablement pas ce qu'il était il y a dix ans. Là aussi, il nous faut aller de l'avant et nous adapter.

M.A: Vos faites allusion à une période de haute spéculative qui n'est qu'un épisode dans l'histoire immobilière de Monaco.

S.E.M. P.D: Encore une fois, les responsables de cet important secteur me paraissent conscients de la nécessité d'associer plus étroitement le développement immobilier, des progrès dans le logement des familles qui vivent à Monaco et une véritable promotion des commerces. Tout est lié.

M.A: Certains ont parfois reproché au Gouvernement la faible dynamique de sa politique économique. Que préconisez-vous?

S.E.M. P.D: On ne peut dire que la politique du Gouvernement était faible. Cependant, on doit toujours aller de l'avant. La création de nouvelles sociétés c'est aussi de l'intermédiation. Il faut prospecter, informer et savoir également accueillir. En ce domaine, il y a un gros travail à faire pour promouvoir l'image de la Principauté telle qu'elle se bâtit.

M.A: Le problème de l'accueil est très lié aux célèbres "lenteurs" de l'administration...

S.E.M. P.D: Il faut certainement accélérer les procédures et assouplir les démarches afin d'encourager les investisseurs à venir plus nombreux chez nous. Ce qui implique que l'Administration connaisse un certain nombre de transformations.

M.A: Moderniser la Fonction Publique Monégasque est un projet qui vous tient à coeur. Comment l'appréhendez-vous?

S.E.M. P.D: Je crois que tout sera facilité par le fait que les Monégasques sont extrêmement attachés à leur pays et à leur Souverain. Ils sont généreux, efficaces et très disponibles et en tout cas tout à fait prêts à participer à la relance et à la transformation de la vie administrative pour peu qu'on leur en donne les moyens. Je tiens à souligner que je suis déterminé à suivre de très près le fonctionnement de l'Etat et suivre à la lettre l'article 44 de la Constitution Monégasque qui stipule que le Ministre d'Etat représente le Prince et exerce la Direction des Services Exécutifs. Je crois l'avoir un peu démontré depuis mon arrivée.

M.A: Une tâche facilitée par la nomination de nouveaux Conseillers de Gouvernement?

S.E.M. P.D: Pour être franc, j'avais établi des relations très cordiales avec M. Fautrier et M. Pastorelli et je souhaite qu'elles deviennent amicales avec le temps. Ce sont deux personnalités attachantes et je suis conscient de ce qu'elles ont fait pour leur pays. Mais l'arrivée de M. Franzi et de M. Badia permet, je crois, d'inscrire notre action dans une perspective de renouveau clairement bien perçue par la population. Tous deux sont des hommes remarquables, possédant une bonne connaissance des affaires qui les concernent. Ils ont l'intelligence, la loyauté nécessaires et partagent avec moi la volonté déterminée de large concertation avec la population.

M.A: Maux et remèdes de l'Administration Monégasque sont-ils les mêmes qu'ailleurs?

S.E.M. P.D: La disponibilité des Fonctionnaires Monégasques est tout à fait particulière. S'ils sentent qu'on les associe, si l'on s'efforce de décentraliser les décisions pour les faire mieux participer, je suis sûr qu'ils répondront de façon positive. C'est une très bonne équipe que nous pouvons et devons structurer. Les Monégasques verront alors que leur Administration est non seulement à la hauteur, mais exemplaire. Nous allons expérimenter des méthodes de travail à un point tel que l'on viendra les voir de loin!

M.A: Quel regard portez-vous sur la vie politique monégasque?

S.E.M. P.D: Il faut bien préciser que le Ministre d'Etat est le collaborateur du Prince et de lui seul. J'ai donc pour objectif d'entretenir des relations de confiance avec tous les élus, mais de conserver une très grande réserve quant aux événements de la vie démocratique de ce pays. Il ne faut pas oublier que le Ministre d'Etat est un citoyen Français, et qu'il doit donc agir avec discrétion et modestie. Je crois avoir instauré de bons rapports avec tous et j'ai l'intention de les conforter.

M.A: Vous avez occupé de multiples fonctions au cours de votre carrière, lesquelles avez vous préférées?

S.E.M. P.D: En premier vient certainement mon rôle de Député des Hautes-Alpes parce qu'il m'a permit de participer de façon déterminante au développement de mon département. Parmi mes fiertés figurent la création de trois nouvelles stations de sports d'hiver et celle du Parc National des Ecrins dont je suis le fondateur et premier président. J'ai aussi participé activement à l'instauration de la "politique de la montagne". Je garde une émotion particulière pour mes fonctions ministérielles. Je me suis vu confier trois dossiers exaltants et difficiles: l'immigration, j'ai été le tout premier titulaire de ce département et participé à un début de réflexion sur le problème , ensuite la Jeunesse et Sport avec le lancement des Etats Généraux de la Jeunesse et enfin les Départements et Territoires d'Outre-Mer.

M.A: Avez-vous des regrets?

S.E.M. P.D: Des regrets et des échecs, certainement, mais aussi le sentiment d'avoir pensé des politiques à long terme, à l'instar de mes efforts en Nouvelle Calédonie pour initier la réconciliation des communautés qui s'est poursuivie par la suite.

M.A: Vous avez également fait l'expérience du secteur privé.

S.E.M. P.D: En 1981 j'ai participé à la direction de la Compagnie Commerciale "Sucres et Denrées", à l'époque l'un des premiers négociants en sucre, café, cacao, riz... C'était passionnant et m'a fait beaucoup voyager pour construire des usines à Cuba, en Extrême-Orient ou en Amérique du Sud. La loi Française accorde aux fonctionnaires de l'Etat six ans de disponibilité au terme de laquelle un choix nous est demandé. Je suis revenu au sein de l'Administration en tant que Diplomate.

M.A: Vous avez été nommé Ambassadeur en Colombie et au Mexique, quel souvenir en gardez-vous?

S.E.M. P.D: J'ai trouvé Bogota et la Colombie passionnantes, tout comme le Mexique. J'ai de ces peuples des souvenirs très profonds. Ce sont des pays de très grand avenir malgré leurs difficultés. Le foisonnement humain et la volonté de s'en sortir sont tels que les perspectives économiques sont enthousiasmantes. Qui sait que le Mexique est déjà devenu la 11ème puissance mondiale. Je garde, je l'avoue, une certaine nostalgie de l'Amérique Latine et j'y revivrai sans doute un jour. En attendant, j'espère bien maintenir et développer les contacts établis avec la Principauté. L'Amérique Latine est une très belle clientèle touristique et recèle un grand potentiel d'investisseurs.

M.A: Comment devient-on Ministre D'Etat?

S.E.M. P.D: Il faut rappeler que c'est le Prince et Lui seul qui le choisit. La France propose plusieurs candidats. J'avais l'idée de rester plus longtemps au Mexique. Lorsque je me suis vu proposer cette mission, j'ai tout d'abord été surpris. J'ai réfléchi et j'ai au fond été très vite séduit. Ces tâches qui m'ont été confiées me rapprochent des responsabilités que j'ai connues dans le passé et m'inscrivent plus dans l'action que celles du diplomate. Je peux vous le dire, je suis profondément séduit par la Principauté, heureux et fier de la servir et d'apporter mon engagement et ma loyauté à un Souverain qui j'admire.

M.A: A quoi consacrez-vous vos loisirs?

S.E.M. P.D: Depuis mon arrivée ici je n'ai guère eu le temps d'y penser. J'ai rarement cessé de travailler avant une heure avancée de la nuit. Je me suis juste accordé un intermède pour aller voir mes parents qui vivent dans les Alpes, à côté d'Embrun. Je prends ces nouvelles fonctions avec beaucoup de passion. Je suis devenu, je crois, un peu Monégasque.

M.A: On vous décrit en effet comme un bourreau de travail ...

S.E.M. P.D: J'ai toujours beaucoup travaillé, avec le sentiment d'être quelquefois passé un peu à côté de la vie. En fait, devenu député à l'âge de 27 ans, je n'ai rien fait de ce que j'avais prévu de faire pour moi-même et le temps a passé . Je ne me rappelle pas avoir pris plus d'une dizaine de jours de vacances consécutifs. Je pense pourtant qu'il est nécessaire de parvenir à se ménager quelques espaces de liberté. J'en profiterai pour voir un peu plus mes enfants dont j'ai été séparés par la vie diplomatique . Autant, que je le peux, cependant, je me suis toujours réservé quelques heures pour lire, suivre ce qui se passe dans le monde. J'aime étudier l'histoire. J'achève actuellement un passionnant ouvrage de Bredel sur l'Histoire de la Méditerranée au XVIème siècle. J'essaie aussi de profiter de la vie culturelle de la Principauté et j'ai eu ainsi l'occasion d'assister dernièrement, avec mon épouse Maryse, à un magnifique Opéra. Enfin, j'ai gardé des amis un peu partout dans le monde et je pense m'en faire de nouveaux à Monaco. Ne pas perdre le contact avec les uns et les autres me parait un élément essentiel de la vie. J'espère que dans quelques mois j'aurais le temps de me consacrer plus à eux.


 

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