Saga - La luminosité des

Bugatti

J'ai découvert les Buggatti lors de l'écriture de mon dernier ouvrage sur les Sabran-Pontevès. En effet, Lydia Bugatti épousa François, comte de Boigne. Ma curiosité fut aussitôt aiguisée: pensez donc, Bugatti, les automobiles de rêve... Mais je n'en savais pas plus ! Je m'adressai alors à la baronne de Lacger, véritable puits de science généalogique. Les Bugatti? Me répondit-elle, c'était une très bonne famille. Lydia était la fille du célèbre constructeur automobile, et je me souviens qu'au château d'Ansouis, il y avait une sculpture de son oncle représentant le lion des Sabran, juste à côté de la chapelle Saint-Pierre dans le parc. Hélas, par la faute d'amateurs malveillants, il n'y est plus. cette nouvelle piste d'un sculpteur augmenta un peu plus mon désir d'investigation, ce qui m'amena à Hermenonville, puis à Vence lors de l'exposition consacrée aux Bugatti au château des fleurs. Tout d'abord ravi par le cadre et l'accueil, je fus comblé d'aise car cette manifestation recelait absolument tout sur les Bugatti, leur histoire, leurs oeuvres, meubles, argenterie, sculptures, voitures... tout cela à portée de mains.

Jean Bugatti et la "Royale" - 1929

La saga Bugatti

Tout commence avec Carlo Bugatti, né à Milan le 12 février 1856. Fils de Giovanni Bugatti, un architecte doublé d'un sculpteur de cheminées monumentales, et d'Amélia Salvoni, Carlo entreprend des études à l'académie Brera à Milan, puis à l'école des Beaux Arts de Paris. C'est en 1880 qu'il crée sa première oeuvre connue, un mobilier complet de chambre à coucher aux motifs végétaux incrustés de métal, d'ivoire, de cuivre repoussé, rehaussé de décorations japonisantes et islamisantes, mobilier qu'il offre à sa soeur Luigia à l'occasion de son mariage avec le peintre Giovanni Segantini. La même année, il épouse Thérèse Lorioli (1862-1935) qui le rend père de deux fils, Ettore et Rembrandt, entre autres. Carlo est en 1902 au sommet de sa carrière et il obtient le diplôme d'honneur de la première exposition internationale des arts décoratifs de Turin. En 1904, il quitte Milan pour Paris qui l'attire depuis des années. Il se met alors à travailler des pièces d'argenterie et de joaillerie aux motifs d'animaux et d'insectes stylisés. Il s'établit par la suite à Pierrefonds, dans l'Oise, ville dont il sera le maire durant le premier conflit mondial. Il quitte cette région en 1937 après les décès de sa fille Deanice en 1932, puis de son épouse en 1935, il part vivre à Molsheim auprès de son fils Ettore. Le vieux patriarche qui fut ébéniste d'art, orfèvre, ciseleur, peintre, inventeur, s'éteind à l'âge de 84 ans au château Saint-Jean à Dorlisheim dans le Rhin.

Après le père viennent donc les fils Ettore et Rembrandt, puis le petit-fils Jean-Rembrandt, le cadet de la dynastie, né le 15 septembre 1884 à Milan. Son père découvre dans son propre atelier, caché sous un linge humide, un groupe en terre glaise représentant trois vaches menées par un paysant. L'oeuvre a été modelée par son cadet qui a juste quinze ans... Sur les vives recommandations de Troubetzkoi, Rembrandt est envoyé peu de temps après à l'académie Brera où il acquiert rapidement une réputation d'artiste surdoué. En 1903, c'est sa première exposition à Venise où il exposera de nombreuses fois, puis c'est Turin, Milan, Paris, Bruxelles, New-York. Rembrandt ayant suivit son père à Paris, il passe de nombreuses heures au jardin des plantes, à observer les animaux dont il se servira de modèle. Suite à une exposition à Anvers, il y reste sept ans, jusqu'en 1914 où il sera atteint en 1909 par une grave maladie. Mais un contrat contraignant le liant à Hebrard dès 1913 le contrarie énormément: désireux de réaliser des sculptures monumentales, il est tenu d'effectuer de petites pièces qui se vendent d'ailleurs très bien. Durant cette période, il cotoye Modigliani, Appolinaire, Derain, Picasso. Malgré sa réputation de sculpteur animalier, il laisse quelques bustes dont celui du fameux Boni de Castellane. Il vécut et mourut en artiste, ayant décidé de mettre fin à ses jours et ses souffrances le 8 janvier 1916 dans son atelier, en tenue de fête irréprochable.

Ettore Bugatti, Milan 1900

Des voitures de rêve

L'activité automobile concerne plus particulièrement Ettore, le frère aîné, et Jean-Ettore, le neveu, né le 15 septembre 1881 à Milan. Captivé par la vitesse, son diplôme d'ingénieur en poche dès ses dix-neuf ans, il trouve auprès du comte Gulinelli de Ferrare les fonds nécessaires au financement de sa première voiture. Elle décrochera l'année suivant sa sortie le grand prix et une médaille de l'automobile club de France à la première exposition internationale automobile de Milan. Le baron de Dietrich, célèbre constructeur, lui propose immédiatement un contrat après cette manifestation. En 1902 Ettore s'installe à Niederbaonn où il dirige la fabrication des "Dietrich-Bugatti". Il épouse la même année Barbara Mascherka Bolzoni (1881-1944). Dietrich abandonnant la construction automobile en 1904, Ettore s'associe ave Emile Mathis et tous deux travaillent au projet d'une nouvelle voiture baptisée Hermès. Hélas cette association sera de courte durée. En 1905 Barbara met au monde une petite fille prénommée Ebe, puis en 1907 une seconde, Lydia qui m'a fait découvrir et a attisé mon intérêt pour cette famille. Lydia épouse en 1940 à Paris François, comte de Boigne. Elle est décédée en 1972, sans enfants. Très proche de ses neveux Boigne, elle eut la douleur de perdre son neveu Benoît de Boigne sur le rond-point des Champs Elysées en 1970, alors qu'il se rendait, cruelle ironie de l'histoire, aux obsèques de son oncle François, à bord d'une Bugatti... Entre 1908 et 1909, c'est la sortie de la première Bugatti griffée aux initiales d'Ettore, un E inversé adossé à un B. La voiture est baptisée "la baignoire". Ettore devient père d'un premier fils, Jean, né le 14 janvier 1909. Séparé de son associé, il s'installe à son compte à Molsheim, puis met tout son génie au service de la France durant la première guerre mondiale: il construit des moteurs d'avion que l'Amérique elle même lui achètera. La paix revenue, il relance le production automobile. Les voitures se succèdent, toujours plus somptueuses, tandis que les victoires en course se comptent par centaines. Le mythe Bugatti est né. 1922 voit la naissance de son quatrième enfant, Roland, pour lequel il construit spécialement en 1927 un modèle réduit du pur-sang à traction électrique, la Baby. Il en sortira plus de 90 exemplaires, dont une ira distraire le roi Hassan II du Maroc. Roland, disparut sans postérité, avait reçu en héritage de son oncle Rembrandt ses moules. Certaines personnes peu scrupuleuses les ont réutilisés. Certaines collections appartenant à des personnalités du show business viendraient de ses retirages illégaux ?! En 1930, Jean entre dans la course, il présente un nouveau modèle, le type 49 et 50, dont il dessine les carrosseries, puis entre 1931 et 1933 sort le modèle 53, seule voiture Bugatti à quatre roues motrices atteignant les 200 km/h. Sur les deux exemplaires de ce modèle, un seul demeure, Jean ayant détruit l'autre durant une compétition. Le type 55 sera entièrement conçu par lui, ce sera également la dernière Bugatti "tourisme". Lors des événements de 1936, les ouvriers occupent l'usine. Ettore ne se sentant plus la force de faire face, cède la direction à Jean. Celui-ci remet de l'ordre, oriente la construction vers des modèles plus commerciaux. Mais en 1939, il se tue dans un accident de la route à bord de la Bugatti 57S qui venait juste de gagner les 24 heures du Mans. Il roulait à 235 km/h...

La deuxième guerre mondiale met l'usine au bord de la faillite: Ettore refuse de produire pour les Allemands et les restrictions de la guerre ruinent celui qui avait acheté le château d'Ermenonville et ses 2000 hectares de terre aux héritiers du prine Radzivill, propriété qui sera vendue par la société Bugatti à la fin des années 50. En 1946, il se remarie avec Geneviève Deleuze qui lui donne deux enfants, Thérèse et Michel. L'année suivante, par décision du tribunal Ettore peut reprendre possession de ses biens qui avaient été mis sous séquestres pendant la guerre, mais il n'en profite pas: il meurt à l'hôpital américains de Neuilly, le 21 août 1947. Sa disparition marque la fin d'une prestigieuse lignée de créateur qui laisse toujours rêveur.


 

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